Calais, 2009. Au delà des façades closes, dans la brume anglo-normande d'une journée comme tant d'autre, des silhouettes sombres fuient un terrible mot: "la police". Far West d'errance, la terre fantasmée de l'asile devient un ennemi au visage pluriel: c'est le silence d'un médecin qui augmente l'anxiété d'un jeune immigré, c'est cette parodie de justice de l'appel, qui n'empêchera pas le renvoi d'un albanais vers son pays en guerre, ce sont encore les rafles policières d'une autorité incontestable. Les règles sont vagues mais les répercussions fragmentées de leur effets sont bien réelles. Le parti pris chromatique du clair- obscur souligne le manichéisme de la survie, fait cohabiter abattement et espoir en un seul visage, celui de ce jeune émigré africain qui résume "L'immigration est une bonne chose, mais elle très dure". La caméra de George sylvain nous emmène à fleur de peau, à fleur d'homme, au plus près de ses cicatrices, dans tout l'éclat de sa dignité; par la bienfaisante irrévérence d'un rire qui tient bon et crève ces journées sombres, par de petits gestes ou perce la ténacité. C'est un peigne que l'on passe soigneusement dans sa chevelure, c'est l'apparente insouciance d'une partie de foot. C'est aussi l'inlassable regard porté vers le large, l'espoir de l'apatride, dont la marée emporte l'emprunte fragile, et ressasse avec elle les espoirs et les souvenirs. Une lueur incertaine pour laquelle ils vont jusqu'à consumer leur identité et brûler leurs mains au feu vacillant d'un modeste bivouac, car au milieu de cette étendue d'asphalte froide, il n'y a plus que ça ou mourir. La pudeur voulue par ce documentaire couve les braises d'une lucidité rageuse: nous sommes le résultat des jeux des grandes puissances, URSS et Occident, et nous venons voir le monde, nous venons pour comprendre. Les éclats, est un documentaire ou se mêle poésie et polémique. Un choc visuel, contestataire et lumineux.